Le plaisir ? C’est l’absence de douleur. Platon

Enfant, j’éprouvais une véritable «frousse» lorsque une fâcheuse carie me forçait à m’enfoncer dans le fauteuil d’un dentiste. J’ai grandi, j’ai pris de l’âge et j’ai appris l’auto-hypnose. C’est mon expérience dans ce domaine qui va me permettre de vous enseigner un exercice que vous pourrez appliquer en cas de douleur dentaire, bien sûr, mais aussi de douleurs consécutives à une chute, à un traumatisme ou aux désagréables poussées d’arthrose ou de rhumatismes.

Auparavant, lisez ces quelques lignes, écrites pour vous éclairer et lever vos doutes quand à l’efficacité de cette redoutable arme anti-douleur : l’auto-hypnose.

Nous sommes à Paris, à la fin des années 80, un pluvieux dimanche d’automne. Je participe à deux journées de formation sur l’emploi de l’hypnose chez l’enfant douloureux et l’animateur, un confrère anglais, nous a demandé la veille d’amener quelques enfants pour effectuer des démonstrations cliniques. Etant l’heureux propriétaire d’un agréable troupeau de cinq marmots, j’en ai choisi un ce matin, Ambroise âgé de neuf ans,  il m’accompagne ce dimanche matin dans la belle salle de cours du militaire quartier des Invalides.

La fin de matinée sonne l’heure du début de la démonstration. Mon fils et deux bambins du même âge sont assis en demi-cercle face au confrère britannique qui leur demande :

Voulez-vous apprendre une technique qui vous permettra d’être confortable quand vous serez chez le dentiste?

Oui, répond le chœur des chérubins.

Voulez-vous l’apprendre tout de suite ?

Oui crient-ils d’une même voix.

Voulez-vous vraiment ?

Un «Oui» franc et massif, qui aurait enchanté le Grand Charles répond à cette troisième interrogation. Les enfants ne savent pas qu’ils sont entre les mains d’un expert en manipulation qui sait utiliser de façon intelligente le langage. . Ainsi, après avoir obtenu trois fois la réponse oui à ses questions, notre collègue va placer une suggestion qui va faciliter l’activation du processus hypnotique :

Vous allez donc apprendre une technique qui vous servira tout au long de votre vie pour soulager toutes les douleurs.

Oui, opinent les fraîches tête.

Notre nature est ainsi faite ; si nous répondons trois fois de suite «Oui» à des questions, la quatrième question qui nous sera posée fera naître le mot «Oui» sur nos lèvres, parfois à l’encontre de nos convictions. Cette technique se nomme : la séquence d’acceptation. Séquence bien connue des hommes politiques qui l’utilisent pour influencer la décision de l’électeur et aussi des vendeurs pour activer notre oniomanie (si vous ne connaissez pas ce mot, messieurs, allez chercher sa définition dans le dictionnaire le plus proche ; il vous fournira une arme que vous pourrez utiliser, peut-être, dans certaines discussions… avec votre épouse… surtout à la période des soldes). Dans notre cas, nous utilisons la séquence d’acceptation de façon éthique pour faciliter l’action thérapeutique de l’hypnose. Voulez-vous, chers lecteurs, une preuve de l’action de cette suggestion ? La voici, sous forme de quatre questions auxquelles je vous demande de répondre le plus rapidement possible :

1/ Quelle est la couleur d’une colombe ?

2/ Avez-vous touché une fois une robe classique de mariée ?

3/ Quelle est la couleur de la neige ?

4/ Que boit la vache ?

Si vous avez répondu que la vache boit du lait c’est une erreur et, paradoxalement, cela montre que votre cerveau fonctionne parfaitement. En effet, le cerveau donne des réponses en suivant la loi des probabilités. Les trois premières questions contenaient dans leurs réponses l’élément coloré blanc, il était probable de donner la réponse lait à la quatrième question ; réponse qui relie de façon la plus probable le blanc, la vache et une boisson.

Après les vaches, revenons à nos moutons.

Le thérapeute anglais poursuit sa démonstration :

Fermez les yeux et cherchez dans votre cerveau l’endroit où se trouve le tableau de commande qui s’occupe des sensations de toutes les zones de notre corps. Quand vous le trouverez vous soulèverez un doigt pour me le faire savoir.

En moins de quinze secondes les trois index se lèvent.

Trouvez le bouton qui commande les sensations de la mâchoire inférieure.

Réponse favorable des index.

Dites-moi si la commande est sur «off«ou «on» ?

On ne comprend pas!

Excuse-me, dites moi si c’est branché ou débranché ?

Branché.

Pragmatique et plus cartésien que Descartes, l’opérateur leur demande d’ouvrir les yeux, leur tend une aiguille d’acupuncture et leur demande de piquer la gencive de la mâchoire inférieure pour vérifier la réalité de ce «branchement». Les enfants s’exécutent (le terme est approprié) et grimacent en reculant brutalement leur tête sous l’effet de la piqure.

Fermez les yeux et retournez dans votre tête pour «débrancher» la commande de la mâchoire inférieure. Quand vous l’aurez débranchée, votre doigt me le dira.

En trente secondes les trois petits index se soulèvent.

Ouvrez les yeux et piquez la gencive.

Les enfants abaissent leur lèvre inférieure et, consciencieusement, piquent et repiquent leur gencive. Je filme cette scène et le film, projeté depuis moult fois, montre un tremblement de l’opérateur. En effet, je vois en gros plan la gencive de mon petit héritier qui saigne et je ne sais si je dois continuer à filmer ou aller au secours de mon enfant. Les anglais nous ont déjà brulé la pucelle de Domrémy il y a quelques siècles et voilà qu’ils martyrisent trois petits gaulois, dont mon fils. C’est l’anglais lui-même qui met fin à mon supplice en disant :

Posez l’aiguille et retournez dans votre cerveau pour re-brancher la commande.

Les dociles enfants s’absorbent dans cette ultime tâche et vérifient une dernière fois que la sensibilité est bien revenue. Le test étant concluant, le thérapeute clos la brillante expérience.

Cette démonstration illustre de façon manifeste l’action antalgique de l’hypnose et pourtant, je dois vous conter la suite qui est encore plus édifiante.

Six mois plus tard, j’écris dans ma maison pendant que les enfants jouent dans la cour. C’est l’époque de la planche à roulette (skate-board dirait notre ami anglais) et j’entends le bruit d’une chute, ponctuée d’un cri de douleur. Je me précipite et je vois ma petite nièce Brigitte allongée sur le bitume. Je m’approche pour l’examiner et la remettre d’aplomb et elle me stoppe en disant :

Attend tonton, je me débranche.

Stupéfait, je ne comprends pas cette phrase pourtant simple.

Voilà, je me suis débranchée, dit-elle quelques secondes après en se relevant.

Tu sais tonton, quand on se fait mal, on va tout de suite dans le cerveau et on cherche le bouton qui commande l’endroit où on a mal et on le débranche. C’est Ambroise qui nous appris la technique.

C’est moi qui suis «sur les fesses» en entend ce raisonnement.

Alors, amis lecteurs, si un enfant de neuf ans est capable d’apprendre une technique d’auto-hypnose en une séance et peut l’enseigner à ses cousines avec autant d’efficacité, je pense que vous pouvez aussi profiter de cet exercice en retrouvant votre simplicité et votre confiance enfantines.

Je vous propose deux versions de cet exercice d’auto-activation aux vertus antalgiques.

La première version est celle employée par les enfants dans le texte que vous venez de lire :

1/

En position assise, fermez les yeux.

2/

Portez votre attention sur la zone du corps où se situe la douleur.

3/Représentez-vous le tableau de commande de la sensibilité du corps qui est dans votre cerveau.

4/

Visualisez le bouton qui commande la zone douloureuse.

5/

Tournez ce bouton pour «débrancher» la sensibilité.

Information : il n’est pas nécessaire de «re-brancher» le circuit ; la nature le branchera lorsque cela sera nécessaire.

Deuxième version, plus actuelle. Elle est l’application d’une expérience réalisée par le Pr Christopher de Charms (superbe nom) qui a étudié le fonctionnement du cerveau avec l’Irm fonctionnel.

de Charms, R. C., Maeda, F., Glover, G. H., Ludlow, D., Pauly, J. M., Soneji, D., Gabrieli, J. D., & Mackey, S. C. (2005). « Control over brain activation and pain learned by using real-time functional MRI ». Proceedings of the National Academy of Sciences USA 102 (51): 18626–18631.

1/

En position assise, fermez les yeux.

2/

Portez votre attention sur la zone douloureuse : quinze secondes

3/

Représentez-vous, en imagination, un feu de bois dans une cheminée : une minute

4/

Accordez l’intensité de ce feu avec l’intensité de la douleur (grande douleur = grande flamme, petite douleur = petite flamme) : une minute.

5/

Concentrez votre attention sur la flamme et, mentalement, faites diminuer cette flamme.

Cet effort peut durer une à trois minutes et la diminution de cette flamme va s’accompagner de la diminution parallèle de la douleur.

Jean Becchio

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